Au Vietnam, une fête ne se regarde pas seulement : elle se traverse, au milieu des parfums d’encens, des tambours et des conversations qui débordent sur les trottoirs. Dans une pagode, sur une place de village ou au bord d’une rivière, les célébrations racontent un pays attaché à ses ancêtres, à ses saisons et à ses communautés. Certaines sont célébrées partout, d’autres se vivent surtout dans une région ou au sein d’une minorité. Voici celles qui méritent de rythmer un voyage — à condition de garder un peu de souplesse dans son itinéraire.
Le Têt, le grand rendez-vous du Nouvel An vietnamien
Le Têt Nguyên Đán, ou simplement le Têt, est la fête la plus importante du Vietnam. Il marque le Nouvel An selon le calendrier lunaire et tombe généralement entre la fin janvier et la mi-février. Les préparatifs commencent bien avant le jour J : maisons nettoyées de fond en comble, fleurs achetées au marché, plats mijotés et offrandes préparées pour les ancêtres. Dans les rues, les branches de pêcher en fleurs colorent le Nord, tandis que les kumquats et les fleurs de mai jaune sont particulièrement appréciés dans le Sud.
Le moment le plus émouvant est parfois le plus calme. Au sein des familles, on se rassemble devant l’autel des ancêtres, on formule des vœux et l’on partage des enveloppes rouges porte-bonheur, les lì xì. Puis viennent les retrouvailles, les visites et les repas. Le bánh chưng, gâteau de riz gluant carré enveloppé dans des feuilles de dong, est associé au Nord ; dans le Sud, on trouve notamment le bánh tét, roulé en forme de cylindre. Il existe autant de façons de préparer ces plats que de familles pour les défendre avec passion.
Pour les voyageurs, le Têt est une expérience intense, mais il faut en connaître les contraintes. Beaucoup de commerces, de restaurants et de sites ferment, tandis que les transports se remplissent à mesure que les habitants rentrent dans leur région d’origine. Réservez trains et hébergements très tôt, vérifiez les horaires et ne comptez pas sur un programme entièrement ouvert. En échange, vous découvrirez un pays qui ralentit, se retrouve et accueille la nouvelle année avec une attention particulière aux premiers gestes et aux premières visites.
La fête de la mi-automne, entre lanternes et gâteaux
La fête de la mi-automne, appelée Tết Trung Thu, a lieu le quinzième jour du huitième mois lunaire, généralement en septembre ou en octobre. Elle est souvent présentée comme une fête des enfants : ceux-ci défilent avec des lanternes, assistent à des spectacles de danse du lion et dégustent des gâteaux de lune. Mais les adultes y trouvent aussi leur compte. C’est une soirée de retrouvailles, de promenades et de partage, à la lumière de la pleine lune.
À Hanoï, les rues autour de Hàng Mã se couvrent de lanternes colorées et de jouets, tandis que le Vieux Quartier devient particulièrement animé. À Hội An, les lampions qui flottent sur la rivière Thu Bồn composent un décor dont on comprend vite le succès auprès des photographes. Mieux vaut toutefois s’écarter quelques instants des quais les plus fréquentés : dans une ruelle voisine, on entend parfois mieux les tambours et les rires que les déclencheurs d’appareils photo.
Les gâteaux de lune, fourrés de pâte de haricots, de graines ou d’autres ingrédients, sont traditionnellement partagés en famille. Leur texture dense et leur richesse surprennent parfois au premier morceau ; le deuxième passe souvent mieux, surtout avec un thé chaud. Comme pour le Têt, les dates changent chaque année selon le calendrier lunaire : vérifiez le calendrier local avant de planifier votre séjour.
La fête des rois Hùng, mémoire des origines
Le dixième jour du troisième mois lunaire, le Vietnam rend hommage aux rois Hùng, figures légendaires associées à la fondation du pays. Les cérémonies principales se déroulent au temple des rois Hùng, dans la province de Phú Thọ, au nord de Hanoï. Des pèlerins montent vers les temples installés sur la montagne Nghĩa Lĩnh, déposent des offrandes et participent aux rites. La fête est à la fois religieuse, familiale et nationale : elle rappelle le lien entre les générations et l’importance des ancêtres dans la culture vietnamienne.
Les environs accueillent aussi des spectacles, des jeux traditionnels et des démonstrations culturelles. L’affluence peut être importante, en particulier le jour principal. Partir tôt, prévoir de bonnes chaussures et emporter de l’eau rend l’ascension plus agréable. On vient ici moins pour cocher un monument que pour observer une pratique vivante : les familles qui avancent ensemble, les plateaux d’offrandes et les gestes répétés avec respect.
Les festivals de pagode : pèlerinage, paysages et patience
À une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Hanoï, la pagode des Parfums, ou Chùa Hương, attire chaque année de nombreux pèlerins après le Têt. La saison de fête s’étend généralement sur plusieurs semaines, de la fin de l’hiver au printemps. Pour rejoindre le site, on embarque sur une petite barque qui glisse entre les reliefs karstiques et les rizières. Le trajet sur l’eau, ponctué par les appels des rameuses, fait partie de l’expérience autant que les sanctuaires eux-mêmes.
Le site comprend plusieurs temples et grottes, dont la grotte de Hương Tích. La montée peut être exigeante ; un téléphérique est disponible pour une partie du parcours, mais ceux qui choisissent les marches doivent prendre leur temps. Pendant les jours les plus fréquentés, le calme contemplatif se mêle à une foule dense. Mieux vaut partir tôt et accepter que le voyage soit aussi fait d’attente, de discussions et de pauses.
D’autres pèlerinages importants ont lieu dans le pays, notamment à la pagode de Bái Đính, dans la province de Ninh Bình. Les fêtes religieuses ne sont pas des spectacles organisés pour les visiteurs : ce sont d’abord des moments de dévotion. Une tenue couvrant épaules et genoux, une voix discrète et le respect des consignes locales permettent d’y assister avec tact.
À Huế, les traditions impériales reprennent vie
Dans l’ancienne capitale impériale, les célébrations liées à la cour des Nguyễn font écho à l’histoire de la ville. Le Festival de Huế, organisé à intervalles réguliers selon les éditions, propose des spectacles, des concerts, des parades et des mises en scène dans la citadelle ou près de la rivière des Parfums. La programmation et les dates varient : il est donc essentiel de consulter les annonces officielles avant de réserver.
Les grands événements attirent beaucoup de monde, mais Huế se découvre aussi dans les détails : un musicien qui accorde son instrument avant le spectacle, une famille installée à l’ombre des remparts ou les lanternes qui apparaissent au crépuscule. Si vous assistez à une représentation de musique de cour, le nhã nhạc, prenez le temps d’écouter plutôt que de chercher immédiatement le meilleur angle pour une photo. Certaines émotions supportent mal d’être interrompues par un écran.
Les fêtes cham : découvrir Kate au centre du Vietnam
La fête de Kate est l’une des célébrations majeures des communautés cham, notamment dans la province de Ninh Thuận. Elle se déroule généralement au début du calendrier cham, autour de septembre ou octobre selon les années. Les cérémonies rendent hommage aux divinités, aux ancêtres et aux figures historiques. Elles sont accompagnées de musique, de danses et de rassemblements communautaires, en particulier autour des tours-temples cham de la région.
Kate est une occasion rare de découvrir une culture qui possède sa propre histoire, ses traditions et ses formes artistiques. Les visiteurs sont les bienvenus lorsque les circonstances le permettent, mais l’accès à certains espaces ou rites peut être réservé aux participants. Demander avant de photographier, éviter de s’imposer au premier rang et suivre les indications des organisateurs sont des marques simples de respect. Ici, l’expérience gagne à être vécue avec curiosité plutôt qu’avec l’envie de tout documenter.
Dans le delta du Mékong, les courses de bateaux de la fête Ooc Om Bok
Dans le sud du pays, la communauté khmère célèbre Ooc Om Bok, aussi appelée fête de la lune. Elle a lieu au quinzième jour du dixième mois lunaire, souvent en novembre. Les cérémonies expriment la gratitude envers la lune et les récoltes. Dans certaines localités, on prépare des offrandes et l’on partage du riz gluant fraîchement pilé, souvent accompagné de noix de coco. À Sóc Trăng, l’événement est particulièrement connu pour les courses de pirogues Ngo.
Ces embarcations longues et étroites, menées par des équipes qui pagaient à l’unisson, filent sur l’eau dans un vacarme joyeux. Les supporters encouragent les rameurs depuis les berges, et l’énergie devient communicative même quand on ne sait pas très bien quelle équipe soutenir. Dans la région, cette fête offre aussi l’occasion de mieux comprendre la présence et les traditions khmères du delta. Les dates et les événements associés peuvent varier d’une année à l’autre ; renseignez-vous auprès des offices de tourisme locaux.
Comment profiter des fêtes sans voyager comme un touriste pressé
Les célébrations vietnamiennes attirent souvent les habitants de plusieurs provinces. La première précaution consiste donc à vérifier les dates et à réserver les transports en avance, surtout autour du Têt et des grands pèlerinages. Gardez également une journée de marge : un trajet peut être plus lent que prévu, et une fête mérite rarement d’être vécue en regardant sa montre toutes les dix minutes.
-
Privilégiez des vêtements sobres et couvrants pour les pagodes et les cérémonies religieuses.
-
Demandez la permission avant de photographier des personnes, des autels ou des rites privés.
-
Éloignez-vous un peu des entrées principales pour observer les scènes de vie sans gêner les participants.
-
Essayez les spécialités proposées, mais demandez ce qu’elles contiennent si vous avez des allergies ou des restrictions alimentaires.
-
Apprenez quelques mots simples : un « xin chào » (bonjour) ou un « cảm ơn » (merci) ouvre souvent les sourires.
Le calendrier des fêtes vietnamiennes suit souvent la lune : les dates exactes changent donc d’une année à l’autre. Avant de bâtir un itinéraire, consultez les annonces locales et gardez une part d’improvisation. C’est parfois en attendant une barque, en partageant un gâteau inconnu ou en suivant le son d’un tambour dans une rue de quartier que le voyage prend une autre dimension. Au Vietnam, les fêtes ne racontent pas seulement le passé : elles montrent, au présent, la façon dont les familles et les communautés font vivre leurs traditions.
